DOIT-ON MUTUALISER LES SERVICES DE COMMUNICATION d'une ville AU SEIN DE LA COMMUNAUTÉ DE COMMUNES? 3/3

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III

Concrètement, on peut imaginer, au sein du service de communication mutualisé, qu’un communiquant soit au service d’une Commune. On réalise ainsi des économies et des regroupements de personnes, en mettant en place des moyens pour chacun. On imagine déjà un grand magazine de la CdC, avec des pages réservées à chacune des Villes, et un espace pour les projets intercommunaux. Une sorte de Ouest-France version CdC.

Un communicant pour un émetteur, avec un positionnement : le schéma est-il respecté ? Non, car plusieurs émetteurs sont réunis pour communiquer auprès de plusieurs cibles.

La cible devient en effet double : on vise à la fois l’habitant de la CdC et l’habitant de chaque Commune. L’habitant lira ce magazine comme le Ouest-France, en négligeant la moitié du contenu qui concerne la Commune d’à côté. Dès lors, la qualité politique du moyen de communication baisse à cause de la multitude des messages avec, dans le même moyen de communication, le message de chaque Maire et du Président de la CdC.

Reprenons les trois buts de la communication territoriale :

  • informer les citoyens : c’est toujours possible car chacun a son espace
  • valoriser les actions de la Collectivité : c’est toujours possible car chacun a son espace
  • favoriser un sentiment d’appartenance : c’est structurellement impossible puisqu’il y a deux appartenances au sein du même moyen de communication.

L’efficacité d’un moyen de communication repose sur l’unité et la cohérence de son message, mais aussi sur la différenciation des objets matériels. Chaque émetteur est identifié comme un émetteur par la cible grâce à des objets de communication identifiables : magazine, affiche, flyers, site internet. Comme un artisan qui existe en tant qu’artisan parce qu’il crée un objet : l’acteur politique doit pouvoir générer un objet s’il veut être considéré comme un possible générateur d’actions porteurs de changements dans la vie des citoyens. En soumettant ses moyens de production à la Cdc, il perd de sa crédibilité. Les capacités génératrices semblent une condition nécessaire de l’existence politique.

Allons plus loin, le positionnement peut devenir lui-même la condition d’existence de l’émetteur. En d’autres termes, un politique existe s’il propose d’autres idées que son adversaire, ou au moins avec des nuances. Prenons l’exemple des syndicats qui font eux aussi une communication politique : ils peuvent bien ponctuellement se réunir sous la même bannière sur un sujet d’accord ; ils ne communiquent pas ensemble quotidiennement pour montrer leur désaccord. Ils cessent sinon d’exister.

Fondamentalement, si le discours politique est subjectif, il n’existe alors que relativement à un autre discours subjectif. Dans un discours objectif, tout ce qui n’est pas considéré comme appartenant à ce discours est rejeté. La phrase « Les hommes sont de couleur bleue » n’est pas acceptée dans le discours rationnel. En politique, la multitude des discours est acceptée, en raison de la subjectivité de chacun.

On pourrait donc bien obtenir un moyen de communication qui réponde aux objectifs de la communication territoriale, et notamment à la création d’un sentiment d’appartenance, si on supprimait les sources de discordances, c’est-à-dire la diversité des points de vue. Le magazine de la CdC serait efficace s’il n’y avait pas plusieurs Communes, et donc s’il n’y avait pas de Communauté mais bien une seule grande Commune.

Deuxième solution, un grand service, avec des moyens de communication uniques propres à chaque Commune. On perd en économies financières mais on respecte le schéma : un émetteur- un positionnement- une cible. On évite ainsi la schizophrénie.

Toutefois, ce schéma idéal repose sur un présupposé majeur : l’absence d’interférence entre les communicants. Si chacun travaille pour sa paroisse, il ne faudrait pas interférer avec la paroisse voisine.

Est-ce alors possible d’échanger et de se conseiller, sans influencer ? En d’autres termes, peut-on amener l’autre à modifier sa copie sans y chercher un avantage ? Imagine-t-on le conseiller en communication d’Alain Juppé aider le conseiller de Nicolas Sarkozy ? Non. Les conflits d’intérêts demeurent.

Dernière solution : l’externalisation de la communication externe. Les communiquants s’occupent de la communication interne au sein d’un seul groupe. Ils profitent de la mutualisation des moyens pour une communication qui, dans sa nature, est peut-être plus opérationnelle, et moins politique en tant qu’elle concerne le fonctionnement des services.

Pour la communication externe, chaque groupe a recours à un prestataire externe qui travaille seulement pour sa paroisse. Le schéma élémentaire est respecté. La volonté de réduire la masse salariale des Collectivités territoriales est obtenue, mais en privant les servicescommunication d’une partie de leurs missions. Par contre, les économies sont-elles au rendez-vous ?

En conclusion, on ne doit pas mutualiser les services de la communication si on veut préserver les bonnes conditions de travail des communicants et les intérêts démocratiques. Si on peut obtenir des économies financières et optimiser les ressources matérielles, les ressources humaines de la communication ne sont logiquement pas mutualisables car leur travail repose dans la création d’un discours subjectif au service d’un sujet : l’élu. Un communiquant territorial n’est pas un journaliste. Au sein d’un même territoire politique, et non pas seulement géographique, plusieurs élus, qui potentiellement s’opposent, ne peuvent avoir recours aux mêmes personnes. Le communiquant de la CdC peut bien travailler pour son Président et celui de la Mairie pour son Maire, chacun doit rester à sa place pour garantir l’efficacité des moyens de communication. Si une collaboration et des échanges permettent de gagner en efficacité, une mutualisation parfaite et totale reposerait sur une disparition des Communes. Sans cela, elle engendrera des conflits humains ainsi que des pertes de qualité dans la communication externe. Une mutualisation pour la communication interne, moins politique, est envisageable, si nécessaire.

Aussi, l’État, par cette réforme de mutualisation, rend possible la disparition, ou du moins la perte de qualité, des discours politiques des Maires au profit du discours des CdC

Tags: mutualisation, collectivités, communication

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